Le virus Usutu détecté en province de Liège

04/10/2016

Le virus Usutu est un Flavivirus africain transmis aux oiseaux par les moustiques. Par un concours de circonstances non élucidé, ce virus a émergé à Florence (Italie) lors de l’été 1996, où il a causé la disparition de nombreux oiseaux autochtones, surtout des merles noirs (Turdus merula) chez qui il est extrêmement virulent. Le Réseau de Surveillance Sanitaire de la Faune Sauvage (FMV, A. Linden) et le service de Pathologie (FMV, D. Desmecht & M. Garigliany) annoncent sa détection dans les tissus d’un merle trouvé mourant ce jeudi 29 septembre dans la commune de Lincent.

 

Une émergence « attendue »

Dix ans après son émergence, le nouveau virus avait été détecté dans plusieurs pays d’Europe centrale, chaque fois associé à des épisodes de mortalité de masse chez les oiseaux à la fin de l’été. Depuis 2010, le virus est engagé dans un processus de conquête du nord-ouest européen. En 2011, il a émergé dans le sud de l’Allemagne où des infections récurrentes ont été observées pendant trois années d’affilée. En 2012, le service de Pathologie de la Faculté de Médecine vétérinaire l’identifiait pour la première fois dans notre pays chez un bouvreuil captif et un pic épeiche sauvage, cette fois indépendamment de tout épisode de surmortalité dans l’avifaune autochtone [1]. En août 2016, des foyers de surmortalité chez le merle sont identifiés dans trois provinces néérlandaises (Noord-Brabant, Gelderland et Limbourg) et dans la province allemande voisine de Rhénanie-Westphalie (Allemagne). La démonstration officielle de la responsabilité du nouveau virus intervient le 15 septembre [2]. Enfin, un épisode de surmortalité des merles est détecté en Flandre ce 12 septembre dans la commune de Opglabbeek [3], épisode qui est à son tour officiellement attribué au virus Usutu ce 21 septembre [4].

 

Une mise en réseau rapide et fructueuse

Dès le 15 septembre, le Réseau de Surveillance Sanitaire de la Faune sauvage (FMV), le laboratoire de diagnostic du service de Pathologie animale (FMV), le laboratoire d’Entomologie Fonctionnelle (GxABT), le Département Nature & Forêts (SPW/DGO3), les centres CREAVES (RW) et le pôle ornitho’ de l’association Natagora unissaient leurs moyens pour évaluer le risque Usutu auquel l’avifaune du sud du pays pourrait être exposée. En une semaine d’activité, une vingtaine d’oiseaux suspects ont été référés au Réseau, parmi lesquels le merle porteur de l’infection fatale, recueilli à ~60 km du foyer limbourgeois. Les acteurs concernés poursuivront cette activité de veille et d’échantillonnage dans les semaines qui viennent dans le but d’évaluer l’extension géographique de l’infection chez nos oiseaux sauvages et dans les populations de moustiques.

 

Merles et rapaces nocturnes particulièrement visés

Le nouveau virus est capable d’infecter plusieurs dizaines d’espèces d’oiseaux. Pour des raisons non comprises, sa virulence culmine chez le merle noir (Turdus merula) et les rapaces nocturnes (toutes les espèces de l’ordre des Strigiformes). C’est pourquoi, l’indicateur le plus sensible et le plus explicite de la présence du virus Usutu en un lieu donné est l’observation d’une surmortalité chez le merle noir. Dans le but de mieux comprendre la biologie du nouveau virus, les acteurs concernés souhaitent examiner un effectif maximum d’oiseaux suspects (vivants ou morts). Deux contacts téléphoniques sont mis à la disposition du public : 0478/280 590 et 0475/821 155.

Plus d'informations sur les recherches de
> Daniel Desmecht : http://reflexions.ulg.ac.be/DanielDesmecht
> Mutien Garigliany : http://reflexions.ulg.ac.be/MutienMarieGarigliany


 

[1] Garigliany MM, Marlier D, Tenner-Racz K, Eiden M, Cassart D, Gandar F, Beer M, Schmidt-Chanasit J, Desmecht D. Detection of Usutu virus in a bullfinch (Pyrrhula pyrrhula) and a great spotted woodpecker (Dendrocopos major) in north-west Europe. Vet J. 2014 ; 199: 191-3.

[2] https://www.dwhc.nl/en/usutu-virus-nederland/

[3] http://m.hbvl.be/cnt/dmf20160912_02464779/belgische-merels-besmet-met-dodelijk-virus/

[4] www.coda-cerva.be/